Avec la fonte des neiges des Alpes au printemps 1167, l'étincelle finit par jaillir. Frédéric Barberousse, enhardi par les rangs grandissants de ses chevaliers allemands et le soutien des villes italiennes loyalistes, marcha vers le sud, bannières déployées. Sa cible : le bastion rebelle d'Alessandria, une nouvelle ville fondée par les alliés de la Ligue dans le but délibéré d'affronter l'autorité impériale. La déclaration de guerre ne fut pas délivrée sur parchemin, mais par le tonnerre des sabots et le scintillement de l'acier à l'horizon.
À l'aube, la cavalerie impériale balaya les champs à l'extérieur d'Alessandria, les lances baissées, les bannières claquant au vent. Les défenseurs de la ville se précipitèrent pour occuper les remparts, le visage strié de sueur et de peur. Des flèches sifflèrent depuis les remparts, abattant la première vague d'attaquants. Le choc fut immédiat et brutal : les hommes hurlèrent lorsque de l'huile bouillante se déversa depuis les murs, et le sol devint glissant, recouvert de sang et de boue. Dans le chaos, une brèche faillit s'ouvrir lorsque les sapeurs impériaux creusèrent un tunnel sous les défenses, mais une contre-attaque désespérée les repoussa, laissant dans l'air une odeur âcre de chair brûlée et de bois brisé.
À l'intérieur de la ville, la panique se répandit. Les femmes et les enfants se blottirent dans les églises, priant pour être délivrés. Les dirigeants de la ville, le visage émacié par des nuits sans sommeil, débattirent pour savoir s'il fallait se rendre ou résister. Le refus d'Alessandria de céder marqua le début d'un siège long et pénible, donnant le ton à la guerre à venir. L'empereur s'attendait à une victoire rapide, mais ses forces se retrouvèrent enlisées dans un siège qui épuisa leur moral et leurs provisions. La maladie se déclara dans le camp impérial, le sol marécageux favorisant la propagation de la peste. Les chroniques font état de fièvre et de dysenterie qui firent autant de victimes que les flèches des défenseurs, rappel sinistre du véritable coût de la guerre.
Ailleurs, les villes de la Ligue se mobilisèrent. À Milan, les cloches appelèrent tous les hommes valides aux armes. Les forgerons travaillèrent jour et nuit pour forger des piques et des arbalètes, tandis que les milices de la ville s'entraînaient à l'ombre des cathédrales en ruines. La campagne devint une mosaïque de villages fortifiés et de tours de guet. Les paysans, enrôlés de force ou fuyant les combats, transmettaient les nouvelles de ville en ville. Les armées de la Ligue se déplaçaient en secret, utilisant les rivières et les forêts pour masquer leur approche. À Crémone, un groupe de volontaires tendit une embuscade à une colonne de ravitaillement impériale, massacrant les gardes et brûlant les chariots, un acte de défi qui provoqua une onde de choc dans les rangs de l'empereur.
Les premiers jours de la guerre furent marqués par la confusion et les erreurs de calcul des deux côtés. Les commandants impériaux sous-estimèrent la détermination et l'ingéniosité des milices urbaines. Les dirigeants de la Ligue eurent du mal à coordonner leurs forces hétérogènes : Guelfes et Gibelins, marchands et nobles, tous se battaient pour une cause, mais pas toujours pour la même vision de la victoire. Des escarmouches éclatèrent dans toute la région : à Lodi, un pont s'effondra sous le poids des soldats en fuite ; à Bergame, un monastère fut incendié lorsque les troupes impériales accusèrent les moines d'abriter des rebelles.
Les civils ont été les premières victimes de ce chaos. Les champs ont été piétinés, le bétail volé et des villages entiers incendiés pour collaboration présumée. Les réfugiés se sont entassés dans les villes fortifiées, apportant avec eux la famine et la maladie. Les chroniqueurs rapportent que des fosses communes furent creusées à la hâte à l'extérieur des portes de la ville, les morts alignés en rangées pour servir d'avertissement à ceux qui oseraient défier la puissance impériale. La brutalité de la guerre ne se limitait pas au champ de bataille, elle s'infiltrait dans tous les aspects de la vie quotidienne.
Pourtant, malgré toutes ces souffrances, l'espoir subsistait. La résistance de la Ligue inspira des soulèvements dans d'autres villes, attirant de nouveaux alliés dans son giron. Des messagers se faufilaient à travers les lignes ennemies, apportant des nouvelles de la résistance d'Alessandria et de la renaissance de Milan. La promesse d'une victoire rapide faite par l'empereur s'estompait de jour en jour.
Alors que le siège d'Alessandria s'éternisait, la frustration de Frédéric grandissait. Des rapports faisant état de désertions et de mutineries parvenaient à sa tente. Le pari de l'empereur n'avait pas réussi à intimider la Ligue et à la soumettre ; au contraire, il l'avait unie dans la résistance. La guerre n'était plus une question d'honneur ou de prestige, c'était une bataille pour la survie, menée dans la boue et le sang des champs de Lombardie.
La ville d'Alessandria tenait bon. Les bannières de la Ligue flottaient toujours au-dessus de ses murs battus. Le conflit avait véritablement commencé, et il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Alors que les premières neiges de l'hiver recouvraient les plaines, les deux camps se préparaient à une lutte longue et acharnée.
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